Le faux procès fait aux Haïtiens sous TPS

Le 22 juillet 2026, lors d’une audience du Comité des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, le député républicain de Floride, Brian Mast, a présenté une théorie simple, presque séduisante : le TPS aurait vidé la Police nationale d’Haïti de ses hommes, empêchant le pays de soutenir la mission kényane contre les gangs. Sa conclusion coule de source, dit-il : mettez fin au TPS, renvoyez les Haïtiens chez eux, et vous renforcerez la police et l’armée dans leur combat contre les bandits. C’est un argument qui a l’air logique. Il ne l’est pas. Et il faut le dire sans détour : c’est un prétexte, pas une analyse.

©  Anna Moneymaker / Getty Images

Le 22 juillet 2026, lors d’une audience du Comité des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, le député républicain de Floride, Brian Mast, a présenté une théorie simple, presque séduisante : le TPS aurait vidé la Police nationale d’Haïti de ses hommes, empêchant le pays de soutenir la mission kényane contre les gangs. Sa conclusion coule de source, dit-il : mettez fin au TPS, renvoyez les Haïtiens chez eux, et vous renforcerez la police et l’armée dans leur combat contre les bandits. C’est un argument qui a l’air logique. Il ne l’est pas. Et il faut le dire sans détour : c’est un prétexte, pas une analyse.

Mast a raconté que la police avait dû forcer ses agents à venir chercher leur salaire en personne, parce que trop d’entre eux touchaient leur argent depuis la Floride sans jamais travailler. L’histoire fait mouche. Sauf qu’elle est fausse. Un officier supérieur de la PNH a expliqué à Miami Herald que cette mesure concernait une nouvelle carte de débit distribuée après le départ des forces kényanes, rien à voir avec le TPS.

Ce qu’il y a de plus cynique dans le raisonnement de Mast, c’est l’inversion qu’il propose. Selon lui, priver plus de 300 000 Haïtiens de leur statut légal et les renvoyer dans un pays où 90% de la capitale est aux mains des gangs, où le département d’État lui-même déconseille tout voyage, ce serait un geste de solidarité envers la sécurité haïtienne. On demanderait à des gens qui ont fui la violence d’y retourner pour la combattre.

Mais qui sont ces personnes concrètement ? Des travailleurs, des mères de famille, des étudiants, des gens qui ont reconstruit une vie. Ce ne sont pas des réservistes de l’armée. Il n’existe aucun plan concret pour transformer 300 000 civils en policiers ou en soldats du jour au lendemain. Ce que produirait réellement leur retour forcé, c’est plus de monde dans un pays qui compte déjà 1,5 million de déplacés internes, plus de bouches à nourrir dans une économie à genoux, plus de cibles faciles pour des gangs qui contrôlent déjà les routes et les quartiers.

Renforcer la sécurité d’Haïti, ce n’est pas ajouter des corps. C’est donner à la police les moyens, l’équipement et l’entraînement qui lui manquent depuis des années. L’ambassadeur Wooster l’avait dit lui-même : Haïti fait face à un problème militaire, pas un problème d’effectifs civils. Les quelque 400 policiers qui mènent aujourd’hui l’essentiel du combat n’ont pas besoin de renforts venus des États-Unis sans formation. Ils ont besoin d’armes, de véhicules blindés, et d’une vraie force internationale qui ne se limite pas à « soutenir » la police mais qui frappe directement les gangs.

Ce qui se joue derrière l’argument de Mast n’est pas un débat sur la sécurité haïtienne. C’est une justification a posteriori d’une décision déjà prise par l’administration Trump : mettre fin au TPS. On habille une politique migratoire d’un vernis humanitaire et sécuritaire, en laissant croire que priver des gens de protection légale, c’est en réalité les aider, eux et leur pays d’origine.

Ce raisonnement ne résiste pas à l’examen des faits. Il ne résiste pas non plus à l’examen de la logique la plus élémentaire : comment expulser 300 000 personnes vers un pays en guerre contre des gangs pourrait-il renforcer la sécurité de ce pays ? La réponse honnête, c’est que ça ne le peut pas. Ça ne fait qu’ajouter de la vulnérabilité à la vulnérabilité.

Le TPS n’a jamais vidé les commissariats d’Haïti. Ce qui les vide, ce sont les balles des gangs, l’absence de moyens, et des années de promesses internationales non tenues. Blâmer la diaspora pour cet échec, c’est chercher un coupable facile plutôt que d’assumer ses propres responsabilités.

FHM

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