Deux premiers ministres au pouvoir solitaire, Fils-Aimé fera-t-il mieux qu’Henry ?

En Haïti, la politique a souvent pris des tournants inattendus depuis l’adoption de la Constitution de 1987. Cette loi fondamentale prévoit un président élu et un premier ministre pour diriger le pays. Pourtant, dans ces derniers moments de crise, deux (2) premiers ministres ont fini par gérer seuls l’exécutif, sans président en place : Ariel Henry et Alix Didier Fils-Aimé. Le parcours d’Henry s’est distingué par le laxisme. Quant à Fils-Aimé, l’heure de vérité à sonner.

Depuis l’adoption de la Constitution de 1987, Haïti n’avait jamais connu une situation où le Premier ministre se retrouve, de fait, seul à la tête de l’exécutif. Le texte constitutionnel prévoit un équilibre : un Président, un Premier ministre, un Parlement, des contre-pouvoirs. Cet équilibre n’existe plus.

Deux hommes, à des moments différents de la crise nationale, se sont retrouvés dans cette position inédite : Ariel Henry hier, Alix Didier Fils-Aimé aujourd’hui.

Ariel Henry, nommé juste avant l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, a pris les rênes. Critiqué pour son inaction face à l’insécurité, Henry n’a pas organisé d’élections et a vu la situation sécuritaire se dégrader. Les gangs ont bloqué des ports, attaqué des infrastructures, et plongé le pays dans le chaos.

Le mandat d’Ariel Henry a été vu comme un exemple de laxisme : des promesses non tenues, un report constant des scrutins, et une dépendance à l’aide internationale sans résultats concrets. Il a dirigé seul l’exécutif pendant plus de deux ans, jusqu’à sa démission en mars 2024, forcée par une vague de violence des gangs.

Alix Didier Fils-Aimé a suivi un chemin similaire. Nommé premier ministre en novembre 2024, il a travaillé aux côtés d’un Conseil Présidentiel de Transition (CPT) mis en place pour stabiliser le pays. Mais le 7 février 2026, à l’expiration du mandat du CPT, Fils-Aimé est devenu le seul dirigeant de l’exécutif. Soutenu par les États-Unis et d’autres partenaires internationaux, il hérite d’un pouvoir concentré. Comme Henry, son ascension n’était pas prévue par un vote populaire, mais par les circonstances de la transition politique.

Aujourd’hui, Alix Didier Fils-Aimé hérite non seulement du pouvoir, mais aussi de cette comparaison inévitable. Et, la différence est majeure.

Là où son prédécesseur pouvait encore invoquer certains blocages politiques ou institutionnels, le nouveau chef du gouvernement se retrouve dans une configuration presque unique dans l’histoire récente du pays. Il dispose d’un gouvernement constitué, d’une police, d’une armée réactivée, d’un secteur privé disposé à coopérer, du soutien et de la présence active de partenaires internationaux, et surtout, d’une absence quasi totale d’opposition politique organisée.

Cette situation crée une réalité simple : il n’y a plus d’alibi.

La Constitution n’avait jamais prévu qu’un Premier ministre se retrouve avec une telle concentration de responsabilités. Mais la crise actuelle place le pays dans cette exception. Et cette exception transforme la fonction en un véritable test d’autorité, de leadership et d’efficacité.

La question n’est plus de savoir si la situation est difficile, elle l’est. La question est de savoir ce qui sera fait avec les moyens disponibles.

Dans ce scénario, Fils-Aimé n’a aucune excuse. Il peut s’appuyer sur ces atouts pour restaurer l’ordre, organiser des élections d’ici fin 2026, et relancer l’économie. Mais il doit éviter les pièges d’Henry : l’hésitation face à l’urgence sécuritaire et les reports interminables. 

Pour Alix Didier Fils-Aimé, le défi est clair : prouver que cette Primature exceptionnelle peut produire des résultats exceptionnels.

C’est l’occasion de montrer une gouvernance dynamique, centrée sur le peuple haïtien plutôt que sur les intérêts extérieurs. Haïti mérite mieux que des cycles de crise. Fils-Aimé a la chance de briser ce cercle en apprenant des erreurs passées. S’il agit avec fermeté et transparence, il pourrait marquer l’histoire positivement. Sinon, il risque de rejoindre la liste des leaders qui ont promis beaucoup mais livré peu. Le temps des excuses est révolu ; place aux actions concrètes et sérieuses pour un retour à la stabilité.

FHM

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