L’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien n’est désormais plus en lice pour le prix Goncourt 2026. L’Académie Goncourt a annoncé, ce vendredi 25 septembre, le retrait de son roman « C’était ça ou mourir », publié chez Grasset, de sa première sélection.


L’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien n’est désormais plus en lice pour le prix Goncourt 2026. L’Académie Goncourt a annoncé, ce vendredi 25 septembre, le retrait de son roman « C’était ça ou mourir », publié chez Grasset, de sa première sélection.
Cette décision intervient après plusieurs jours de polémique autour du livre et de son auteur. Thélyson Orélien est notamment accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour produire une partie importante de son roman. Les premières accusations ont été relayées lundi sur le réseau social X par un compte anonyme, qui s’est appuyé sur des analyses effectuées avec le logiciel de détection Pangram. L’auteur, lui, nie fermement ces accusations et affirme n’avoir jamais utilisé l’intelligence artificielle pour produire ses textes.
À ces accusations se sont ajoutées, ces derniers jours, des révélations concernant des textes plus anciens attribués à l’écrivain et présentés comme comportant de fortes similitudes avec des œuvres antérieures. Les accusations de plagiat portent notamment sur des textes publiés au début des années 2010.
La Presse a ainsi rapporté qu’une chronique signée par Thélyson Orélien et publiée en 2013 dans ses colonnes était, selon les vérifications du quotidien, dans sa quasi-totalité une traduction légèrement remaniée d’un article publié quelques jours auparavant dans le journal philippin The Philippine Star. Le média québécois a depuis ajouté une mention à l’article pour signaler qu’il avait découvert que son auteur avait commis un plagiat.
D’autres textes ont également été remis en question. Radio-Canada a notamment rapporté des similitudes importantes entre une nouvelle de Thélyson Orélien publiée en 2012 et des passages de « Le Matin des magiciens », ouvrage de Louis Pauwels et Jacques Bergier paru en 1960. Le texte de l’écrivain avait par ailleurs remporté un prix du public organisé par Radio-Canada.
Dans un communiqué, l’Académie Goncourt affirme que sa décision est motivée par les « plagiats » récemment révélés ainsi que par des résultats qu’elle présente comme convergents, issus d’analyses réalisées par des chercheurs et des journalistes. Selon l’institution, ces analyses indiqueraient que le roman serait « selon toute vraisemblance très largement le produit d’une Intelligence Artificielle ». L’Académie explique vouloir préserver l’intégrité du prix et affirme ne pas souhaiter cautionner des textes générés avec l’aide de l’IA.
Cette conclusion sur l’utilisation de l’intelligence artificielle reste toutefois au cœur du débat. Les outils de détection ne permettent pas, à eux seuls, d’observer directement le processus d’écriture d’un auteur. Leur fiabilité et leurs éventuels biais font l’objet de discussions parmi les spécialistes. Le dossier oppose ainsi deux types d’éléments : d’un côté, des analyses statistiques du texte ; de l’autre, le démenti catégorique de l’auteur, qui affirme travailler sur son roman depuis plusieurs années.
La polémique est d’autant plus retentissante que « C’était ça ou mourir » avait connu un important succès depuis sa publication. Le roman, sorti au Québec au printemps puis en France le 19 août, avait déjà séduit les lecteurs et la critique. Près de 35 000 exemplaires avaient été vendus en cinq semaines selon les chiffres rapportés par La Dépêche. Le livre avait également remporté le Prix du roman Fnac 2026 et figurait dans plusieurs sélections de prix littéraires de la rentrée.
Thélyson Orélien maintient qu’il n’a pas eu recours à l’IA pour écrire son roman. Il affirme avoir commencé à travailler sur celui-ci dès 2017 et préparer avec ses éditeurs des éléments permettant de retracer la genèse du manuscrit. Face à la multiplication des accusations, l’écrivain a également déclaré qu’il existait, selon lui, une volonté « de faire taire » sa voix.
Son éditeur québécois, les Éditions du Boréal, a de son côté annoncé la suspension des activités promotionnelles autour du livre. La maison d’édition explique vouloir assurer le bien-être de l’auteur tout en précisant qu’à ce stade, elle n’est pas en mesure de confirmer ou d’infirmer les accusations concernant l’utilisation de l’IA. Elle indique travailler avec l’auteur afin d’établir les conditions dans lesquelles le manuscrit a été écrit.
Au Québec, les conséquences se sont également multipliées. Le Salon du livre de l’Estrie a retiré Thélyson Orélien de sa programmation, alors qu’il devait en être l’invité d’honneur. Les organisateurs ont précisé que cette décision était liée aux allégations de plagiat et non aux accusations d’utilisation de l’intelligence artificielle.
En France, le roman a également été privé du Prix Strasbourg Espoir CIC. Le jury a décidé ce vendredi de retirer la récompense à Thélyson Orélien, qui devait recevoir le prix le 29 septembre. Le montant de 5 000 euros doit finalement revenir à Amandine Agic, arrivée deuxième lors du vote initial.
L’affaire ne concerne donc désormais plus seulement le prix Goncourt. Elle pose une question plus large au monde littéraire : comment établir de manière fiable qu’un écrivain a utilisé une intelligence artificielle pour produire un texte ? Et quel niveau de preuve doit être exigé avant de prendre des décisions susceptibles d’affecter durablement la réputation et la carrière d’un auteur ?
La question est d’autant plus sensible que les accusations d’utilisation de l’IA et celles de plagiat ne reposent pas sur le même type d’éléments. Dans le cas du plagiat, les textes antérieurs peuvent être identifiés, comparés et examinés. Pour l’IA, les détecteurs fournissent essentiellement des indices statistiques qui doivent être interprétés avec prudence.
L’affaire Thélyson Orélien pourrait ainsi devenir un cas emblématique des tensions qui traversent actuellement le monde de l’édition : comment préserver l’intégrité de la création littéraire à l’ère de l’intelligence artificielle tout en garantissant une évaluation rigoureuse des accusations portées contre les auteurs ?
La deuxième sélection du prix Goncourt doit être annoncée le 6 octobre 2026. Le prix sera remis le 4 novembre.
FHM

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