Il y a des semaines où l’on voudrait que le calendrier s’arrête, où les mauvaises nouvelles semblent se liguer pour accabler tout un peuple. Cette semaine en est une. En l’espace de quelques jours, la communauté haïtienne, sur l’île comme dans la diaspora, a encaissé deux coups qui vont bien au-delà du sport et du droit : l’élimination précoce des Grenadiers de la Coupe du monde 2026 et la décision de la Cour suprême des États-Unis autorisant l’administration Trump à mettre fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) pour quelque 350 000 Haïtiens.


Ce jeudi 25 juin 2026, la Cour suprême des États-Unis a ouvert la voie à l’administration du président Donald Trump pour retirer à des centaines de milliers d’immigrés haïtiens et syriens le statut humanitaire qui les protège de l’expulsion. Dans un arrêt rendu à une majorité de 6 contre 3 par ses juges conservateurs, la Cour a annulé les décisions de juges fédéraux de New York et de Washington D.C. qui avaient suspendu les mesures de l’administration visant à mettre fin au TPS pour plus de 350 000 ressortissants haïtiens.
Rappelons-le, les États-Unis ont accordé pour la première fois ce statut aux Haïtiens après le séisme du 12 janvier 2010. Depuis, malgré les crises à répétition, malgré la violence des gangs qui ensanglante Port-au-Prince, malgré l’insécurité qui gangrène le pays, certains ont voulu faire croire qu’Haïti était redevenu un pays sûr.
Le juge conservateur Samuel Alito, auteur de l’arrêt, a estimé que les tribunaux ne peuvent pas réviser les décisions de l’administration concernant le TPS, une décision qui pourrait condamner les futurs recours juridiques contre la révocation de ce statut pour n’importe quel pays.
Ce qui rend cette décision encore plus insupportable, c’est le contexte dans lequel elle s’inscrit. Pendant sa campagne de réélection en 2024, Trump avait promis de révoquer le TPS pour les immigrés haïtiens après avoir formulé des allégations fausses et dérogatoires selon lesquelles ils mangeaient des animaux de compagnie dans l’Ohio. Des propos racistes, mensongers, humiliants, et pourtant, la Cour suprême a estimé qu’« aucune des déclarations citées du président ou de la ministre de la Sécurité intérieure n’avait de caractère ouvertement racial », balayant ainsi l’argument selon lequel la décision serait motivée par une hostilité raciale envers les immigrés non blancs.
Au-delà du cas des Haïtiens et des Syriens, la décision de la Cour suprême menace les protections dont bénéficient plus d’un million de personnes de 17 pays, selon l’ONG Global Refuge. C’est un précédent dangereux, qui donne au pouvoir exécutif américain un blanc-seing pour expulser des populations entières sans possibilité de contrôle judiciaire.
FHM


